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Riche et
complexe apparaît le chemin de recherche de Franco Santamaria, un
artiste qui, soutenu par une solide tension idéale et par une tenace
hantise morale, profondément et douloureusement vécue, a su se
mesurer avec une multiplicité de langages, visant toujours le même
objectif: créer une expression artistique capable de représenter
sincèrement ses inquiétudes et en même temps de provoquer des
émotions et des occasions de profonde réflexion.
Pendant plusieurs années l’engagement artistique de Santamaria a
embrassé la peinture et la production littéraire avec la
participation à des vernissages personnels et collectifs et avec la
publication de recueils de poèmes, dont le dernier particulièrement
apprécié, "Histoire d’échos", publié par les Frères Ferraro de
Naples.
Aujourd’hui Santamaria nous offre un nouveau travail plus absorbant
encore qui se présente comme une nouvelle épreuve. En effet,
l’artiste nous offre une série de poèmes et de tableaux, qui vont de
1984 à 1998, réunis dans un seul volume sous le titre de "Parole et
Image".
Dans cette oeuvre la parole a plusieurs significations et s’intègre
à la représentation chromatique, donnant naissance à un dialogue
serré et passionné entre poésie et peinture à l’angoissante
recherche de ce "fil à débrouiller" (E. Montale), qui permettrait
d’ouvrir plusieurs mondes et de déchirer le cône d’ombre qui nous
tenaille. L’expérience nous apparaît complètement réussie et
représente parfaitement les qualités artistiques et la personnalité
délicate de Santamaria.
Presque seul dans le désert de l’actuelle mode dominante, loin de
cligner de l’œil au lecteur/bénéficiaire d’images, le poète ressent,
au contraire, très fort l’impératif catégorique qui l’aiguillonne et
le pousse, finalement, au-delà de la perception sensible. Il en
résulte, ainsi, une forte incitation et une pressante sollicitation
à aller au-delà et à retrouver en nous mêmes la juste force morale
et une adéquate disposition d’âme, qui nous facilite dans un travail
d’analyse et de sondage dans les replis de notre "moi", en nous
aidant à remonter aux raisons intimes des choses et à l’essence même
de l’homme et de la vie.
L’art, dans ses expressions les plus différentes, et
particulièrement la poésie et la peinture ne peuvent pas être un pur
"divertissement". Elles peuvent, ou mieux, elles doivent représenter
l’occasion d’élévation, de recherche de pureté idéale, un puissant
levier pour changer et pour réaliser un monde nouveau.
Voilà l’idée, en bref, de la "socialité de l’art" dont l’auteur nous
parle dans une sorte de préface théorique que nous retrouvons dans
les premières pages de l’œuvre et qui nous renvoie à l’évanescence
de l’ "apparaître" et à la nécessité de l’ "être".
Mais ce rappel à l’attention et à la réflexion la plus convenable,
n’a jamais avancé pédagogiquement. Il trouve sa force, au contraire,
dans la capacité de l’auteur de savoir provoquer des émotions, en se
proposant dans toute son authenticité et en soulignant le sens
profond de quelques valeurs fondamentales.
Particulièrement touchante est la chaleureuse référence de l’auteur
à sa terre, à ses racines qu’on ne peut pas négliger si on se dirige
dans un parcours de redéfinition de son identité.
"Sur le faîte/ d’une calanque était ma terre,/ bercée par une
coquille de fossile millénaire".
De sa terre Santamaria garde un souvenir très doux, presque un Eden
lointain aux pures sources auxquelles il faut puiser pour guérir les
blessures. Et le tableau, au même titre que le poème, "Dans une
coquille ma terre", nous aide à mieux comprendre les raisons de ce
lien fort et auquel on ne peut pas renoncer.
La coquille de fossile millénaire, qui protège jalousement de la
contamination du temps les bras des hommes, obstinément tendus dans
une étreinte de fraternité assoiffée, met en évidence symboliquement
les fortes valeurs de l’amitié, du lien solidaire que les hommes
semblent avoir désormais abandonné par distraction et qui, au
contraire, représentent les sentiments qui comptent et qu’il faut de
nouveau s’approprier pour inventer encore une nouvelle ère de
l’histoire humaine. L’homme a vraiment un grand besoin de la force
vive de ces sentiments, s’il ne veut pas succomber, comme victime
sacrificielle dans un monde hostile qui renie la beauté, la pureté
et la sincérité.
Du sort des vivants Santamaria a une vision inconsolable. Le "mal",
comme un monstre protéiforme, est éternellement aux aguets et tend à
tout détruire avec sa voracité insatiable. La stupidité humaine, les
égoïsmes les plus farouches, les différentes formes de violence, au
lieu de construire un frein possible à la force brute de la nature,
représentent des manifestations insupportables d’avidité et
d’agressivité en décrétant la mortification de toute idée de respect
et de solidarité.
"Là, et ici, c’est un champ de virginités violées,/ de barbarie
réfléchie, de veilles et d’amours/ qui n’ont jamais/ connu
l’étreinte de la pitié silencieuse".
La mort qui avance inexorablement et la vie qui se défend
désespérément: voilà l’essence même du temps qui passe. Et il ne
reste plus à la terre qu’à confier son existence "à des alvéoles pas
encore violées".
Dans cette lutte pour l’existence et pour la dignité de la vie il ne
faut pas se rendre. Et de Santamaria dérive une claire déclaration
d’intentions:
"Je ne crains pas de m’arrêter ou, qui sait, d’escalader le mur
en quête du verger aux mille couleurs".
L’auteur est conscient qu’il ne pourra pas y réussir tout seul et
que son engagement d’homme et d’artiste n’est qu’une petite partie
d’un tout qu’on ne voit pas encore.
Cependant le rêve est grand, est présent et en soi il constitue un
projet:
"Si seulement je pouvais transformer ce pâle glas/ en musique
d’ailes, de voix, de mains/ joyeuses autour du feu rallumé, et
arracher/ aux abîmes les présences solitaires et sans défenses".
L’homme a le droit de rêver. Nourrir des utopies est un besoin
nécessaire pour retrouver la juste dimension qui nous aide à
regarder au-delà de la réalité aride et à reconstruire d’abord en
nous-mêmes cette paix de l’âme qui ressemble à un "rêve de
papillon".
Sans jamais se laisser aller. Le mal nous menace sans arrêt.
"Sur la terre que je connais les volcans répandent de la lave/ pour
pétrifier les fleurs de genêt".
Voilà le message conclusif que Santamaria nous confie à la fin de
son travail. Un travail qui sollicite une pleine participation
émotive, en se confiant à la sincère disponibilité de son
interlocuteur à se laisser impliquer dans un dialogue idéal, qui le
rend plus fort et plus averti.
Et dans cette opération de reconstitution d’une identité de l’homme
on ressent des sensations de véritable émotion, grâce à une
utilisation "chaude" de la parole, des formes et des couleurs qui
résument substantiellement un langage du cœur capable de communiquer
des messages universels.
Vittorio
Mazzone |